Vous connaissez cette théorie selon laquelle les attentes envers une innovation évoluent selon une même courbe, non ?
👉 https://fr.wikipedia.org/wiki/Cycle_du_hype
Le robot humanoïde est une innovation qui illustre particulièrement bien ce phénomène.
Ce cycle commence généralement par l’émergence médiatique d’une innovation générique, issue d’une recherche fondamentale.
À ce stade, la technologie est encore immature, mais elle capte fortement l’attention.
Elle répond à une attente fonctionnelle claire, et souvent à un fantasme partagé : le don d’ubiquité avec l’IoT, la vision du futur avec l’IA, le mouvement infini avec la fusion nucléaire… ou encore l’augmentation de l’Homme à travers le fitness, les prothèses ou les exosquelettes.
Vient ensuite le pic des attentes.
Les promesses s’emballent, les projections se multiplient et l’innovation est perçue comme imminente et transformative.
Après ce pic arrive presque systématiquement la déception.
À ce moment-là, soit les usages réels finissent par émerger grâce à ceux qui persistent, soit la technologie s’effondre médiatiquement. Dans certains cas, elle disparaît temporairement avant de revenir plus tard dans un nouveau cycle, comme l’IA et, justement, la robotique, qui nous promet Terminator depuis les années 90.
Le robot humanoïde à l’amorce du pic
La robotique humanoïde, c’est nous en double, en triple…
C’est une projection directe de l’Homme dans la machine.
Elle nous place aussi dans un rôle de Créateurs, ce qui renforce encore l’imaginaire collectif.
Tous les ingrédients de la hype sont réunis.
Dans ce contexte, les dernières éditions du CES ont clairement renforcé ce pic des attentes.
Robot humanoïde : des capacités encore limitées
À l’heure actuelle, de nombreux tests démontrent pourtant les faibles capacités réelles des robots humanoïdes en situation complexe.
Ils vont probablement finir par y arriver.
Mais en attendant, un point devient de plus en plus évident :
la hype semble surtout profiter à nos amis de la maintenance.
Une usine mécatronique
Voici les maths grossières de ces véritables usines à gaz mécatroniques.
Le MTBF moyen d’un bon moteur brushless, un peu sollicité sans être brusqué, est d’environ 50 000 heures.
En prenant une hypothèse optimiste, cela correspond à 20 ans de fonctionnement à raison de 6 heures par jour.
Cela signifie qu’il y a une forte probabilité qu’un actionneur donné tombe en panne avant 20 ans, si le robot n’a pas été jeté avant.
Dans le meilleur des cas, un moteur tombera donc en panne tous les 250 jours environ, simplement parce qu’un robot humanoïde embarque une trentaine d’actionneurs.
À titre d’exemple, le robot Atlas de Boston Dynamics en compte 28.
Si l’on ajoute à cela les risques liés aux joints élastomères, à l’électronique et à la batterie, une conclusion s’impose.
👉 Le business du robot humanoïde sera l’or des mainteneurs et la ruine des utilisateurs.
N’oubliez jamais la hype.
Et pensez toujours aux usages.